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la candidature à l’Union européenne n’est qu’une première étape

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Les autorités moldaves ont salué la décision du Conseil européen d’accorder à leur pays le statut de candidat à l’Union européenne à l’occasion du sommet des 23 et 24 juin dernier. Par cette décision, ce pays entre en effet dans une dynamique d’élargissement, ce qui peut être considéré comme une conséquence non anticipée de la guerre en Ukraine. Pourtant, cet acte politique engageant ne constitue que la première étape d’un processus politique, tant au sein du pays candidat que de l’Union européenne.

Comment la Moldavie a été changée par la guerre en Ukraine

La reconnaissance du statut de candidat pour la Moldavie ne comptait pas à l’origine parmi les priorités de la présidence française de l’Union européenne, la diplomatie française ayant longtemps été méfiante d’une politique d’élargissement mal contrôlée, risquant de faire disparaître son positionnement original.

Bien que la Moldavie n’ait pas été partie prenante de la guerre qui frappe son voisin, les conséquences ont été nombreuses. Dans les premières semaines du conflit, la population moldave a accueilli près de 460 000 personnes selon le Haut-commissariat aux réfugiés (UNHCR), dont 100 000 sont restées, ce qui représente des défis économiques, sociaux et logistiques considérables pour un pays de 2,7 millions d’habitants.

Au-delà de la question des réfugiés, le pays a été secoué par des explosions en Transnistrie, région séparatiste située à l’est de la Moldavie, en avril et en mai, nourrissant les craintes d’une déstabilisation de la Moldavie. Si ce conflit n’a pas connu de nouvelle victime depuis le cessez-le-feu de juillet 1992, les négociations sur le statut final piétinent. Se dirige-t-on vers une indépendance ou vers la réintégration au sein de la Moldavie, selon des modalités à définir ?




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Si les troupes russes reprennent leur offensive dans le Sud après les chutes récentes de Severodonetsk et de Lysychansk, en ciblant Odessa, quelles seront les conséquences localement pour la Transnistrie et la Moldavie ? Jusqu’à présent, la Transnistrie a pu s’appuyer sur les services de renseignement russes pour leur sécurité, sur des réseaux économiques ukrainiens divers et sur Chisinau pour accéder aux marchés européens. L’inquiétude est donc palpable dans la région, puisque les grands équilibres sont remis en question.

Dans ce contexte, la Moldavie a accueilli un nombre important de partenaires internationaux, inquiets de voir une fragilisation de la Moldavie qui a eu un rôle essentiel pour l’accueil des réfugiés, et qui pourrait devenir l’une des premières victimes en cas d’expansion du conflit. Ainsi, pour la première fois depuis 24 ans, un président français a effectué une visite à Chisinau le 15 juin dernier, dont la signification est importante, et qui fait suite à un réchauffement diplomatique au plus haut niveau depuis deux ans.

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Significativement, cette rencontre a eu lieu avant celle réunissant Volodymyr Zelensky, Emmanuel Macron, Olaf Scholz, Mario Draghi et le président de la Roumanie, Klaus Iohannis, à Kiev, en amont de la décision du Conseil européen donnant le statut de candidat à la Moldavie et à l’Ukraine, tandis que la Géorgie se voyait reconnaître une perspective européenne.

Une victoire nécessaire pour le gouvernement moldave

Avant ce succès diplomatique, les derniers mois ont donc été compliqués pour le gouvernement moldave, qui a dû louvoyer entre des contraintes extérieures fortes et des risques de polarisation en interne.

Même si la neutralité a perdu de fervents partisans en Europe avec la Suède et la Finlande, nouveaux membres de l’OTAN, la Moldavie ne va probablement pas changer de position. Pour le moment, l’actuel gouvernement comme l’opposition rappellent leur attachement au principe de neutralité, et sa condamnation de l’agression russe ne s’est pas accompagnée, dans un premier temps, de l’adoption des sanctions européennes contre la Russie. Toutefois, le renfort militaire proposé à la Moldavie par plusieurs partenaires internationaux de l’OTAN en matière non létale (logistique, mobilité, cyber, reconnaissance aérienne…) n’est pas considéré positivement par la Russie. Mais la Moldavie a également dû essuyer des critiques de la part des autorités ukrainiennes pour ne pas s’être totalement alignée sur Kiev, à différentes étapes.

Ukraine : la Moldavie dans le viseur de Moscou ? – Le Dessous des cartes (Arte, 16 mars 2022).

La situation interne du pays est difficile, que ce soit sur le plan politique, économique et social. En effet, si Maia Sandu avait remporté brillamment sa présidentielle en novembre 2020 et qu’elle avait reçu en outre une majorité au Parlement en juillet 2021, la confiance dans les autorités a depuis largement diminué. Parmi les causes, on retrouve une inflation très élevée (autour de 27-29 % depuis le début de l’année), la fermeture d’entreprises ou l’inquiétude concernant l’hiver à venir suite à une hausse massive des prix de l’énergie.

Dans ce contexte, l’arrestation du prédécesseur de Maïa Sandu, le prorusse, Igor Dodon, pour des faits de trahison et de corruption le 24 mai dernier, n’est pas passée inaperçue par l’opposition. Cela n’empêche pas l’opposition prorusse de travailler pour revenir au pouvoir vers 2024-2025. La polarisation risque en tout cas de se renforcer, quelle que soit l’issue du conflit en Ukraine.

La candidature ouvre une période de longue attente et de préparation exigeante

Le sommet de Thessalonique de 2003 ouvrait une perspective européenne pour l’ensemble des Balkans occidentaux ; cela tend à montrer que la période qui s’ouvre promet d’être longue, sans que l’on puisse donner avec précision une date, dans la mesure où l’élargissement dépend des pays concernés, mais aussi du groupement politique qu’ils souhaitent rejoindre.

Les pays candidats sont soumis à une longue négociation pour la reprise de l’acquis (c’est-à-dire l’ensemble du corpus juridique communautaire), mais surtout sa mise en œuvre, ce qui suppose une politique cohérente portée par des élites administratives compétentes. Or, si l’acquis a déjà été traduit en roumain, les difficultés de mise en œuvre sont déjà connues : après le « casse du siècle » de 2014, menant à la disparition de près de 13 % du PIB moldave dans une fraude financière massive, la Moldavie a été considérée en 2018 par le Parlement européen comme un « État capturé » par les intérêts oligarchiques. Si la situation s’est améliorée, il ne faut pas sous-estimer les risques de rechute en fonction d’un contexte fragile, tant au plan national qu’au plan régional.

Par ailleurs, l’exemple des Balkans occidentaux montre également la nécessité d’une constance au niveau européen. Si les critères d’adhésion, dits critères de Copenhague, (en matière d’État de droit, de démocratie et d’économie de marché) font partie des devoirs des pays candidats, la question de la « capacité d’absorption » risque de revenir en force quelques mois après le conflit, au gré des crises économiques et sociales, ainsi que des soubresauts politiques des États membres. La tolérance politique envers des États comptant un conflit territorial non résolu, ou étant en proie à des tendances illibérales ou encore étant largement corrompu pourrait être faible dans ce cas de figure, une fois la pression géopolitique moins aiguë.

C’est sans doute la raison pour laquelle la diplomatie moldave a répondu plutôt favorablement à l’idée de créer une Communauté politique européenne, comme l’a proposé Emmanuel Macron le 9 mai dernier au Parlement européen. Cela permettrait d’associer des pays candidats à un certain nombre de choix cruciaux qui vont se poser prochainement aux Européens, en évitant les incompréhensions et les déceptions réciproques observées au sujet de l’élargissement des Balkans occidentaux. Loin d’être un substitut d’élargissement, la Communauté politique européenne pourrait permettre d’aiguiller les transformations attendues de la Moldavie comme des autres membres.



Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.

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